· La banque innove, comme à son habitude · Conditions d’émission des plus favorables
Une
première au Maroc. BMCE Bank a lancé sur le marché de la dette un
emprunt obligataire subordonné perpétuel d’un montant de 1 milliard de
DH. L’opération, dont les souscriptions ont été clôturées, a connu «un
franc succès» dans un contexte, rappelons-le, peu favorable. Preuve que
la confiance se réinstalle. Dans un entretien exclusif, Khalid Nasr,
vice-président de BMCE Capital, conseillé et arrangeur de l’opération,
revient sur les caractéristiques, l’intérêt et les retombées sur le
marché de cette émission. - L’Economiste: Quelles sont les caractéristiques de cette dette (le mode de placement, l’innovation, …)? -
Khalid Nasr: Avant tout, il faut rappeler que l’appel public à
l’épargne pour un emprunt subordonné perpétuel est une innovation
majeure au Maroc. Contrairement à la dette contractée auprès de SFI,
portant sur un montant en devise de 70 millions d’euros, négociée de
gré à gré, BMCE Bank sort par cette émission sur le marché des capitaux
pour une dette de 1 milliard de DH. Pour rappel, nous étions déjà
sortis sur le marché par deux fois, la dernière date de mars. Mais pour
ce dernier emprunt, nous avons introduit le caractère perpétuel. Et à
l’inverse de la simple dette subordonnée, l’emprunt perpétuel touche
les fonds propres de premier niveau (assimilés aux capitaux). Cela
donne une assise financière beaucoup plus solide. Il faut savoir que
les fonds propres des banques sont composés de trois catégories. Les
fonds propres de base (le noyau dur), les complémentaires et les
sur-complémentaires. - Qu’est ce qui justifie pour BMCE Bank le recours à cette dette dans ce contexte exacerbé? -
Le groupe BMCE ne cesse d’afficher et de dévoiler son besoin de
croissance sur le plan national avec le programme d’extension du
réseau, mais également à l’international. A cela se rajoute la nouvelle
contrainte de Bank Al-Maghrib, qui va faire passer le ratio de
solvabilité de 8 à 10% en 2009 et probablement de 10 à 12% en 2010. Il
a donc fallu renforcer nos fonds propres de base. Le choix est
ingénieux, puisqu’au lieu de passer par une augmentation de capital,
nous nous endettons, le coût est donc amoindri. En somme, cette
émission porte sur trois motivations, le financement du développement
aussi bien domestique qu’international, le renforcement des fonds
propres pour se conformer aux nouvelles exigences et leur consolidation
à moindres coûts. - Comment avez-vous donc pu boucler cette opération dans la situation actuelle? -
A ce propos, je tiens à remercier l’ensemble des investisseurs qui nous
ont fait confiance. Je rappelle que le contexte marocain, à l’instar de
l’international, était des plus chahutés. Les investisseurs
s’inscrivaient plus dans une phase d’attentisme et d’observation que
dans une phase de prise de position. Et en dépit de la situation, ils
nous ont fait confiance. Et c’est là un signal très fort pour notre
groupe. En même temps, nous leur avons proposé des conditions très
favorables, puisque nous sommes sortis avec un spread de 100 points de
base sur la partie révisable, indexée sur la maturité 52 semaines, et
sur 125 points de base sur la partie fixe indexée sur la maturité 10
ans. - Finalement, quel sera l’impact d’une telle opération sur le marché? -
L’impact est double. De toutes les façons, compte tenu de l’exigence de
la banque centrale d’augmenter le ratio Cooke, les établissements
bancaires marocains, y compris ceux qui sont détenus par les banques
étrangères, vont devoir renforcer leurs fonds propres, soit à travers
des augmentations de capital, soit par appel à l’épargne. Encore une
fois BMCE Bank a ouvert la voie, démontrant au système qu’il y a
matière à innover. Ainsi l’impact est de dire que l’investisseur
institutionnel n’est pas frileux. Encore plus, il est friand de la
finance nouvelle. - Ne craignez-vous pas que ce fréquent
recours à l’emprunt crée un effet psychologique négatif sur le
consommateur, craignant un manque de liquidité? - Le
système marocain, à l’instar de l’international, ne manque en aucun cas
de liquidité, bien au contraire, au sens argent frais. Il y a de
l’argent dans les banques, je peux vous l’assurer. Et cela se voit à
travers le marché monétaire interbancaire ou à travers les marchés
dérivés. Mais disposer de la liquidité est une condition nécessaire
mais pas suffisante. Il faut non seulement avoir une liquidité à long
terme, mais aussi disposer de fonds propres importants. Il est vrai que
le système bancaire, au niveau bilanciel, a connu, durant ces trois
dernières années, une croissance importante, il fallait donc que le
passif du bilan soit bien structuré. Pour ce faire, il faut disposer de
ressources longues à travers les capitaux et par les dépôts à long
terme pour accompagner l’économie. A ce sujet, les banques marocaines
sont soumises à une réserve obligatoire de 15%. C’est-à-dire qu’il y a
l’équivalent de 57 milliards de DH qui appartiennent aux banques logées
chez BAM. Donc même en cas de crise de liquidité, les banques peuvent
disposer de leurs propres ressources. Source : http://www.leconomiste.com du 16-10-2008
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