«Au
terme du mois de septembre 2008, Attijari Bank a réalisé un PNB de 94,1
MDT en hausse de plus de 20% par rapport à une année auparavant et un
résultat net provisoire de 27,2 MDT contre à peine 0,5 MDT l’année
précédente. La banque continue aussi à maîtriser ses risques puisque
ses taux des coûts des risques ont été abaissés de 2,6% au 30 septembre
2007 à 1,2% au à la même période de cette année, contre 1.3% attendu
pour toute l’année 2008. De même le coefficient d’exploitation (Frais
généraux/ PNB) a été contenu à 54,5% contre 59,5% l’année d’avant et
55,3% attendu pour la fin de l’année. Le total bilan a déjà dépassé les
objectifs assignés pour la fin de l’année puisque sur les neufs
premiers mois la banque a atteint 2 749 MDT contre 2 737 MDT prévus
dans le business plan favorisé, entre autres, par un dépassement au
niveau des dépôts à 2 327 MDT au 30 septembre 2008 contre 2 237 MDT
prévus pour l’exercice 2008. Pareillement pour les crédits par
décaissements puisque déjà sur les neufs premiers mois de 2008,
l’objectif annuel de 1910,6 MDT a été légèrement dépassé (1 912,6 MDT).
Voila donc pour le résultat et les ratios mercantiles de la banques,
tels que rapportés par un intermédiaire de la place. A les lire
pourtant, on n’arrive pas encore à «changer d’idée sur la banque», tel
que le suggère la signature du logo de cette banque tuniso-marocaine,
affiché lors de la dernière conférence de presse, organisée dans la
foulée du flot de séances d’information financière, dont les banques
inondent depuis la scène médiatique, à la demande des autorités
financières tunisiennes.
Du crédit, encore du crédit !
Comme
TOUTES les banques tunisiennes donc, Attijari VA BIEN. Mohamed Kettani,
président du groupe marocain Wafa Bank dont Attijari est depuis bientôt
3 années est filiale, se dit même fier de sa filiale et il peut l’être.
Faisant suite à la démonstration de force de la banque par les
différents ratios donnés et expliqués plus haut, le premier responsable
de la banque en Tunisie, Hassan Bertal, égrène ensuite les différents
produits qu’offre ou que compte offrir la banque à ses clients et
qu’elle lancera à l’occasion du salon des banques qui commence
aujourd’hui à Tunis. Voici ces produits, en pêle-mêle tels que notés à
la-va-vite lors de la même conférence de presse : Crédit
Fissa-Fissa, débit salaire, crédit logement, crédit Tahsine, Secur
plus, Carte gold, SMS, Age tendre (retraite complémentaire),
Tunisie Comex, Crédit droit de douane pour les entreprises, carte jeune
prépayée, Crédit ordinateur, Crédit permis de conduire, Tawa-tawwa
(crédit), simulation de demande de crédit immobilier, Crédit sur 25 ans
à taux fixe, recharge de lignes fixes et GSM, découvert express. Que
ceux qui s’y connaissent, y regardent bien. Y a-t-il dans presque tout
cela, autre chose que le crédit de consommation ? «Sauf erreur ou
omission» de notre part, la réponse est non et c’est là qu’au moins une
question se pose. Quelle valeur ajoutée a apportée Attijari Wafa, en
rachetant la Banque du Sud pour l’économie tunisienne et pour le
client Lambda tunisien ?
Privatisée, à un opérateur qui se
donne de plus en plus l’image d’une banque internationale et africain,
la Banque du Sud, banque publique et qui travaillait «bon an, mal an»
(financièrement s’entend) dans le strict sillage d’un gouvernement dont
les priorités sont autre que le crédit simple et la rentabilité simple
(dont on ne voit d’ailleurs pas encore les résultats, puisque ce n’est
qu’en 2011 qu’Attijari distribuera son premier bénéfice) faisait
presque un meilleur travail. Sitôt recapitalisée, Attijari verse
pleinement dans le système de la banque des particuliers, où il n’y a
que le crédit et les commissions à en tirer, qui comptent. Peu
d’intérêt pour l’investissement ou pour le commerce international vers
de nouveaux marchés (en dehors du Maroc où la balance commerciale est
nettement en faveur de la Tunisie).
Le ticket d’entrée sur
l’étroit marché bancaire tunisien aura presque été «bradé» (hormis le
coût financier de cette vente), tant les résultats présentés lors de
cette conférence de presse, semblait presque en dehors de la
conjoncture dans laquelle ils ont été présentés.
Où sont les autres chiffres ?
Ladite
conférence de presse, s’inscrit en effet dans un effort supplémentaire
de communication de toute la place financière tunisienne autour de la
crise internationale et ses implications sur la Tunisie. Comme
Attijari, tout le secteur bancaire est sain et rentable avec de bonnes
assises financières. Avant Messieurs Moncef Chaffar (Président du
conseil d’administration), Mohamed Kettani et Hassen Bertal (DG
d’Attijari Tunisie), le gouverneur de la banque centrale de Tunisie, le
ministre des finances et autres, l’ont officiellement affirmé et
confirmé. La crise financière internationale couve encore et se
transforme en crise économique. Attijari est dans un pays qui a alors
deux énormes priorités. D’abord la création d’entreprise pour créer de
l’emploi, ensuite l’exportation par la diversification des marchés,
dans des pays surtout où la part de la Tunisie est minime et où un
soutien tel que celui du réseau du partenaire stratégique pour lequel
la Banque du Sud avait été vendue, pourrait faire la différence. Où
sont alors les stats des projets, industriels surtout, financés par
Attijari ? Où sont les ratios d’engagement de la banque en faveur
des PMI et les chiffres de ses actions de cofinancement des projets de
la BFPME ? Où sont les chiffres de la montée des exportations des
entreprises qu’elle soutient, vers les marchés africains et
autres ?
Pour l’instant, la Tunisie n’a pas besoin que de
crédit de consommation, pour apprendre à conduire ou pour acheter de
l’immobilier. Elle a besoin de projets, de création de nouvelles
entreprises industrielles, car employeurs et elle a besoin d’exporter
plus encore. Elle a en tous cas besoin de plus que des simples produits
qu’on va avoir le loisir de découvrir au Salon des banques. C’est là
que une banque, telle qu’Attijari, adossée à un groupe aussi important
que Wafa, aurait pu faire la différence, se positionner autrement et
apporter une valeur ajoutée autre que celle du crédit à la
consommation, un produit hautement inflationniste. C’est là, que le
Tunisien aurait pu, grâce au partenaire stratégique marocain, changer
d’idée sur la banque !
Source : http://www.africanmanager.com du 30-10-2008