Bien
sûr, toutes les questions concernant les détails techniques de l’accord
signé entre le groupe Banque Populaire et la banque d’affaires Upline
Group étaient sur les lèvres des journalistes et analystes financiers
venus nombreux - très nombreux – assister à la conférence de presse
donnée, au siège de la BCP, par les présidents des deux groupes
signataires. Toutes les questions étaient sur les lèvres, mais il
y en avait une en particulier qui focalisait l’attention de tous :
pourquoi cet accord ? Derrière cette question, loin d’être
innocente, il y a une histoire. Celle d’Upline, une des deux seules
banques d’investissement indépendantes que compte le Maroc (l’autre
étant CFG). Upline peut en effet exciper aujourd’hui d’une fiche de
présentation Plus qu’intéressante. Née en 1992 d’une idée de trois amis
(Hassan Aïtali, actuel Président, Jalal Houti et Mohamed Mekouar, tous
trois désormais actionnaires à hauteur de 8,26% chacun dans le nouveau
UPLINE Group, filiale de la BCP), cette banque d’affaires a parcouru
bien du chemin, depuis. Quelque 16 annnées plus tard, en effet,
elle est active sur l’ensemble des métiers de la banque
d’investissement avec une part de marché sur la place financière de
13,5% et la gestion d’un portefeuille de 3,5 milliards de DH. Elle
dispose d’une assise financière relativement solide avec des fonds
propres consolidés de 100 millions de DH et affiche de bonnes
performances opérationnelles avec une croissance annuelle moyenne,
depuis 2005, de 148% pour le chiffre d’affaires et de 233% pour le
résultat net. Mais l’histoire d’Upline, c’est aussi une affaire sans
précédant qui a secoué les milieux mediatico-financiers, il y a à peine
quelques mois. Il s’agit d’opérations irrégulières auxquelles a procédé
Upline, à l’occasion de l’introduction en Bourse de la CGI, en juillet
2007 et pour lesquelles le CDVM (Conseil Déontologique des Valeurs
mobilières, gendarme du marché) lui a infligé de lourdes sanctions. Le
délit a consisté pour Upline - qui était dans le syndicat de placement
- à utiliser les dépôts de ses clients pour régler les
souscriptions à l’introduction en bourse de la CGI de plusieurs
sociétés-écran domiciliées à l’étranger, dans un paradis fiscal, avant
d’en organiser la revente avec une plus-value que les rumeurs les moins
folles ont évaluée à plus de 200 millions de DH. La sanction
s’est voulue à la hauteur de la gravité du délit. En mars 2008, le CDVM
frappait Upline d’une amende de 10 millions de DH et d’une mise en
garde contre un possible retrait de son agrément de dépositaire pour «
non-respect des règles liées à la souscription ». Le fin mot de
cette histoire ne réside cependant pas dans les irrégularités commises,
encore qu’elles aient suscité une forte émotion. Mais dans le bruit qui
courait selon lequel Upline comptait dans son tour de table un
actionnaire membre de la famille royale. Aucune information officielle
ni aucune explication du management d’Upline n’étant venues clarifier
les choses, tout et son contraire a été dit au sujet de cet actionnaire
(sur l’existence duquel l’opinion publique n’avait aucun doute). Au
moment où le verdict du CDVM est tombé, ce qu’exprimaient
essentiellement les interrogations du landerneau, c’est le fait de
savoir si le supposé actionnaire prestigieux allait ou non réagir en se
retirant du tour de table, les scandales - même rentables - n’étant pas
supportés par ce genre d’actionnariat de référence. Depuis, tout changement annoncé à Upline braque les projecteurs sur l’actionnariat du groupe. Or,
la rumeur avait de quoi s’alimenter. Les sanctions du CDVM étaient
tombées en mars et 5 mois plus tard seulement, à la mi-août, le
quotidien « le Soir Echos » publiait l’information selon laquelle un
rapprochement entre Upline et la BCP était en cours. L’information a
ensuite continué de circuler jusqu’à ce que quelques détails
supplémentaires en aient été livrés par quelques media, ces derniers
jours et qu’en fin de compte, une conférence de presse ait été décidée
pour ce mardi 4 novembre afin de « tout dire à tout le monde ». Les
deux présidents pouvaient désormais s’exprimer officiellement, le
protocole d’accord ayant été signé le 29 octobre. A la conférence de
presse, donc, donnée par Mohamed Benchaaboun, Président du groupe
Banque Populaire et Hassan Aïtali, Président du groupe Upline :
assistance nombreuse et mêmes questions en tête. Anticipant les
questions des journalistes et analystes financiers, le Président
Banchaaboun, justement, avant de passer la parole à son nouvel associé
pour donner à la salle les détails du protocole d’accord, a ouvert la
conférence par une déclaration préliminaire, entièrement consacrée aux
raisons qui ont prévalu à cette décision de rapprochement avec Upline.
« Elle s’inscrit dans une vision globale et intégrée du développement
du groupe », a-t-il dit. Et d’expliquer la démarche. Le comité
directeur du Groupe Banque Populaire (GBP) a chargé un comité sui
generi de réfléchir aux possibles niches de développement et relais de
croissance du groupe. Parmi ceux qui ont été identifiés, il y a le
développement de la banque d’investissement. Le GBP est en effet à la
traîne dans ces métiers. « Il nous fallait une part de marché en
adéquation avec la stature du groupe », explique sereinement Mohamed
Banchaaboun qui rappelle au passage une des données de cette stature :
la BCP, c’est 3 millions de clients ! Le partenariat stratégique avec
Upline permet au groupe de créer un vrai pôle financier intégré qui
devient automatiquement leader de la place avec des fonds propres
consolidés de 500 millions de DH et un portefeuille de 10
milliards de DH (voir encadrés). Le Président ne le dit pas en
ces termes, mais c’était presque une honte qu’un groupe aussi grand que
Banque Populaire ne puisse pas, parfois, souscrire à un appel d’offres
parce qu’il n’avait pas le minimum exigé de part de marché pour y
souscrire. Mohamed Benchaaboun donne un exemple : « dans
l’intermédiation boursière, la BCP a 4% de parts de marché. Avec
Upline, elle passe à 17% ». Il ne faut pas aller plus loin pour comprendre les motivations du GBP. Des motivations saines qui balaient toutes les supputations… Dans
les couloirs de la BCP, en attendant que commence la conférence de
presse, les collaborateurs du Président Benchaaboun auxquels étaient
posées des questions plus directes, développaient déjà les mêmes
arguments. « Que le groupe Banque Populaire ait reçu des instructions
pour faire ce rapprochement ? Franchement, vous y croyez, vous ? »,
s’étonne un membre du management du groupe avant d’ajouter : « Non. Les
gens, dans leur salon, peuvent dire ce qu’ils veulent. Moi, je peux
vous affirmer que, dès son arrivée à la tête du GBP, le Président
Banchaaboun s’est intéressé à la question. Et ce partenariat n’a
d’autres ambitions que de placer le groupe à un niveau supérieur dans
les métiers de la banque d’investissement et de créer de la valeur… ». Mais pourquoi Upline ? Quand
la question a été posée au Président Benchaaboun, il y a répondu avec
une pointe d’humour : « parce qu’il n’y a que deux banques
d’investissement indépendantes au Maroc et que Upline a adopté le
cheval qui est notre emblème. En off, ses collaborateurs renvoient la question : « si ce n’est avec Upline, avec qui alors ? ». Upline,
en effet, était la seule qui pouvait être intéressée. Son Président,
Hassan Aït Ali, n’a d’ailleurs pas manqué, lui non plus de dire
quelques mots de ses motivations. «Nous avons senti le besoin de nous
adosser à une grande institution nationale », a-t-il déclaré,
commentant : « pour nous, fondateurs d’Upline, le partenariat avec la
BCP est un grand tournant et un challenge que nous allons essayer de
relever pour la réussite de ce projet ambitieux ». Les explications
s’arrêteront là. La salle n’a pas posé de questions qui fâchent (il y
avait bien des journaux connus pour leur agressivité, mais les
campagnes publicitaires payantes ont le pouvoir magique de neutraliser
les velléités d’impertinence…). Les seules questions qui ont été posées
avec insistance ont concerné l’identité exacte de Maghreb Investment
Limited (MIL), cet actionnaire qui dans la nouvelle mouture d’Upline
détient 25,12% des parts et au sein duquel est recherché (mais sans que
cela soit dit), le fameux actionnariat prestigieux. Pas une information
là-dessus ne sera arrachée à Hassan Aïtali qui répétera seulement que
MIL est un Fonds d’investissement maroco-émirati. En résumé, donc
(pour les détails voir les encadrés du dossier), le protocole d’accord
signé le 29 octobre consacre une augmentation de capital par laquelle
le groupe Banque populaire prend le contrôle de Upline, à hauteur de
50,1% mettant sur la table pour cela : 100% du capital de sa société de
gestion de fonds Alistitmar Chaabi, 70% du capital de sa société de
bourse Al Wassit et 40% du capital de sa banque Média Finance. Ces
trois apports du GBP constituent 42% du capital. La nouvelle entité
disposera de 500 millions de fonds propres. La finalisation du
partenariat est prévue pour fin janvier 2008, la BCP n’étant pas une
banque privée, elle doit obtenir un décret d’autorisation. Le pacte
d’actionnaires est valable pour une période de 10 ans, avec un
engagement de l’équipe dirigeante à rester aux commandes pendant
six ans et l’obligation de maintenir l’actionnariat, tel qu’arrêté par
le protocole, en l’état pendant quatre ans. L’équipe dirigeante siègera
au Conseil d’Administration dont la présidence sera assurée par le
Président de la BCP. Une chose est sûre Les 50,1% de parts de la BCP
sont un minimum. Mohamed Benchaaboun l’a dit clairement : « nous
pouvons augmenter nos parts, mais pas l’inverse. Et en cas
d’introduction en bourse, la BCP ne perdra rien ». Reste à présent
le volet « mise en œuvre » du protocole. Le Président du GBP rassure :
« c’est ce sur quoi nous travaillons actuellement ». Flashs *
Pour la nouvelle entité, le levier de croissance consisterait à aller
vers le particulier. La clientèle actuelle d’Upline est quasi
exclusivement institutionnelle. * Selon Hassan Aïtali, les
partenaires ont choisi l’augmentation de capital pour éviter les
procédures de commissariat aux apports. * Le Président Benchaaboun
le rappelle : « Mediafinance est une banque. Elle continuera donc
d’être adossée et gérée par la BCP ». * Finalement, Moussahama, le
spécialiste du capital risque du groupe Banque Populaire ne fera pas
partie du deal. « Elle est trop à la traîne », commente un
collaborateur de Benchaaboun. Source : http://www.lereporter.ma du 09 Novembre 2008 |