La crise économique internationale est si universelle qu’elle nourrit une réflexion qui ne l’est pas moins. Mercredi 14 avril, c’était au tour de l'Association des Etudes internationales (AEI) de s’en saisir à l’occasion d’un séminaire ayant réuni une pléiade d’anciens ambassadeurs de Tunisie autour d’un panel composé du ministre des Finances, Mohamed Rachid Kechiche, le Secrétaire général de l’UMA, Habib Ben Yahia et Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien et dirigé par le doyen des ambassadeurs tunisiens, Rachid Driss. L’unanimité s’était faite autour du constat que la crise est d’autant plus grave que personne ne l’avait prévue et que, de surcroit, elle touche toutes les économies de la planète sans distinction. Les pays du Maghreb, économiquement viscéralement liés à ceux de l’Union européenne ne pouvaient pas s’en exonérer, même si l’impact dont ils s’en ressentent est plus supportable qu’ailleurs. Mais, nul, parmi les nombreux intervenants dans le débat ne s’est hasardé à pronostiquer une échéance ou, pour dire les choses plus crûment, une perspective si approximative soit-elle pour que les uns et les autres puissent enfin voir le bout du tunnel. Ni alarmisme ni fatalisme, c’est autour de ces deux enseignes que s’est progressivement construite la réponse de la Tunisie à cette crise .Le ministre Kechiche en développé les mécanismes dès l’apparition des premiers signes de la crise sous la forme d’une « approche fondée certes sur un rôle accru de l’Etat mais avec une utilisation raisonnée et ciblée, ni laxiste ni excessive de l’instrument budgétaire ». Nonobstant le fait que la relance de l’investissement public risque de ne pas être suffisante, l’ajustement du taux d’intérêt directeur, l’injection de liquidité supplémentaire et la sensibilisation des banques à la prise de risque devraient contribuer à vaincre le climat de méfiance. A cette approche monétaire s’ajoute « un choix adéquat des projets publics qui peuvent donner rapidement l’effet escompté au regard de leur contenu en termes de valeur ajoutée locale et d’emploi ». Enfin, troisième ingrédient, la poursuite des efforts dans la mise en place de réformes structurelles et l’amélioration du climat des affaires et de l’environnement de l’entreprise pour renforcer ses capacités concurrentielles. Pour autant, la Tunisie ne pourra nullement s’en sortir en développant des approches exclusivement nationales et déconnectées de celles de ses partenaires maghrébins. Si bien qu’avec le niveau du PIB qui est le leur et plus de 83 millions d’habitants, les pays du Maghreb pensent pouvoir faire mieux et réaliser davantage qu’un taux de croissance moyen d’environ 4%. Une profession de foi qui peut être battue en brèche par un chiffre dont personne n’est en droit de s’accommoder, c’est celui des échanges commerciaux intermaghrébins qui représentent moins de 3% de ceux de l’UMA avec le reste du monde. Le prix du non-Maghreb Manifestement, il peut être logé dans cette donnée une marge de progression afin de porter ce chiffre à des niveaux à la faveur desquels les pays maghrébins pourront se créer des opportunités inédites et bien dans l’ordre de leurs aspirations tant proclamées et à toutes les fréquences, mais jamais ou si peu concrétisées. Est-ce la faute des politiques qui tardent à franchir le Rubicon en faisant figure d’otages de contentieux qui n’ont que trop duré et dont la fermeture des frontières en être l’Algérie et le Maroc est la démonstration la plus patente et en même temps la plus déprimante ? L’ancien premier ministre algérien Sid Ahmed Ghozali a lancé un appel qui n’a rien d’un plaidoyer pro domo engageant les pays maghrébins à opérer des « révisions plus que radicales, déchirantes en faisant fi des obstacles politiques circonstanciels», en choisissant dans la foulée un cap à long terme et en s’impliquant dans un « assainissement des bases de la solidarisation d’intérêts ». Si bien que, selon lui, un effort fédératif ne réussira pas s’il n’est pas basé sur des fondements solides. En clair, il est impératif de se fédérer et de solidariser les intérêts économiques économiquement sans plus tarder et de joindre les efforts des uns et des autres au service d’une convergence économique qui aura la primauté sur la convergence politique. Car enfin, en gardant les choses en l’état, les pays maghrébins se rendent coupable d’un manque à gagner de 10 milliards de dollars par an et surtout, fait encore plus insoutenable, d’une perte de 2 points de croissance. C’est, en chiffres, le prix du non-Maghreb tel qu’il se dégage d’études convergentes, voire unanimes. Et puis, comme c’est le sens d’une interrogation d’un intervenant, pourquoi s’offusquer du recul des transferts des revenus des expatriés maghrébins du fait de la crise alors que 17 milliards de dollars quittent annuellement le Maghreb pour aller ailleurs. Source: http://www.africanmanager.com du 16/04/2009
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